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La servante écarlate, Margaret Atwood

avril 17, 2017

716eML6+IgLRésumé : Dans un futur peut-être proche, dans des lieux qui semblent familiers, l’Ordre a été restauré. L’Etat, avec le soutien de sa milice d’Anges noirs, applique à la lettre les préceptes d’un Evangile revisité. Dans cette société régie par l’oppression, sous couvert de protéger les femmes, la maternité est réservée à la caste des Servantes, tout de rouge vêtues. L’une d’elle raconte son quotidien de douleur, d’angoisse et de soumission. Son seul refuge, ce sont les souvenirs d’une vie révolue, d’un temps où elle était libre, où elle avait encore un nom.

Une œuvre d’une grande force, qui se fait tour à tour pamphlet contre les fanatismes, apologie des droits de la femme et éloge du bonheur présent.

Avis : Ce livre est une dystopie, un roman qui va mettre les femmes au centre de son histoire. Sous un fond de dictature, l’autrice dénonce la condition des femmes avec un regard acéré et plutôt juste.

Dans cette histoire, les femmes sont désormais désignés et séparés par rôle, plutôt que par ce qu’elles sont. Il existe trois rôles principaux. Les Épouses en bleues, ce sont les femmes mariés aux plus riches, qui ont pour occupation le jardinage, la couture et le tricot, la visite à leurs amis (on se croirait un peu revenue à l’ère Victorienne), elle dirige leur Maison et ce sont elles qui vont punir les autres femmes de la maison quand il le faut. Les Marthas en vertes, elles sont les « femmes de ménage », ce sont elles donc qui s’occupent de toutes les tâches ménagères, cuisine, et elles doivent aussi s’occuper de la Servante de la maison, qui est comme une autre tâche de plus.
Et donc les Servantes, qui servent uniquement de ventre. Qui ne sont là que pour enfanter et remplacer les Épouses qui ne le peuvent plus.

Pour les pauvres, il y a les éconofemmes, qui ont les trois rôles.

On va suivre Defred, dont ce n’est pas le vrai nom, car les femmes abandonnent leurs noms. Defred est une Servante et va nous raconter son présent, mais aussi son passé. Comment elle en est arrivée là. Le style est un peu décousu, elle oscille entre présent et passé sans prévenir, mais ça ne m’a pas dérangé, j’ai trouvé qu’on replaçait très vite les événements.
Defred suit le régime imposé du mieux qu’elle peut, et pourtant, il y a une chose qu’on ne peut pas retirer aux femmes, c’est leurs pensés. Et les pensés de Defred peuvent avoir une pointe de sarcasme, mais tout en douceur. Elle ne se lève pas contre le système, mais on sent dans sa façon de pensée qu’elle n’en pense pas du bien du tout. J’ai aimé cette douceur. Defred ne va pas déclencher une révolution mais elle va se battre à sa façon, à son niveau. Par des petites choses, des petits gestes significatifs. Des paroles interdites échangées, ou la lecture d’une note laissée par une autre Servante.

Même si elles n’ont quasiment plus aucun droit, les femmes sont centrales dans ce livre. Leur condition, mais aussi leur combat (même si c’est un combat silencieux parfois). Ce que j’ai aimé, c’est ce côté qui leur dit que c’est pour un monde meilleur, que c’est mieux comme ça, qu’elles sont protégées. Pourtant on sent bien que ce n’est absolument pas mieux, qu’elles ne sont pas libres, ni même dans cette sécurité qu’ils veulent leur faire croire (après tout, un pas de travers et elles sont exécutés…).

On va aussi voir, un peu plus en filigrane, le sort des hommes. Qui ne sont pas beaucoup plus heureux même s’ils sont beaucoup plus libres et ont plus de droits. L’homosexualité est interdite (ils sont appelés « Traitres au Genre »), l’amour n’existe plus, les hommes et les femmes sont séparés même quand ils vivent dans la même maison, même quand l’homme baise la Servante pour qu’elle ait un enfant.

C’était une lecture très dure, mais que j’ai vraiment aimé. La façon dont les femmes s’entraident, ou au contraire se jugent et se détestent entre elles. On sent aussi toute l’hypocrisie de cette société.
J’ai adoré la dénonciation de l’autrice pour pleins de choses telle que la culture du viol ou le fait de réduire les femmes à des rôles, etc.

Seul petit bémol, je n’ai pas du tout trouvé d’intérêt à l’épilogue, il ne nous apprends pas grand chose de plus et je l’ai trouvé très lent et très chiant, un peu comme une redite de ce qu’on venait de lire « vous voyez vous venez de lire ça », euh oui et alors? Bref, à mon avis il n’est absolument pas utile et je vais me contenter de la fin sans l’épilogue, car celle-là est très ouverte et je l’ai beaucoup aimé.

J’ai lu ce livre sur ma liseuse.

Phrases surlignées (oui parce que sur liseuse dur de coller des post-its) :
« Qui ne gaspille pas ne connaîtra pas le besoin. On ne me gaspille pas. Pourquoi suis-je dans le besoin ? »

« J’ai faim de toucher quelque chose d’autre que du tissu ou du bois. J’ai faim de commettre l’acte de toucher. »

« Pourtant en ce temps-là les hommes et les femmes s’essayaient l’un l’autre avec désinvolture, comme des vêtements, et rejetaient tous ceux qui n’allaient pas. »

« Nous étions les gens dont on ne parlait pas dans les journaux. Nous vivions dans les espaces blancs et vides en marge du texte imprimé. 
Cela nous donnait d’avantage de liberté.
Nous vivions dans les brèches entre les histoires. »

« Heureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés.
Personne n’a dit quand. »

« C’est ce qu’il faut faire avant de tuer, ai-je pensé. Il faut créer un ça, là où il n’y en avait pas auparavant. »

« Tu pourrais même leur fournir un Paradis. Nous avons besoin de Toi pour cela. l’Enfer nous pouvons le fabriquer nous-mêmes. »

« Mieux ne veut jamais dire mieux pour tout le monde, dit-il. Cela veut toujours dire pire, pour certains. »

« Les fonctions corporelles au moins restent démocratiques. Tout le monde chie, comme dirait Moira. »

Le détail qui tue : La série sort bientôt et elle a l’air chouette. C’est ce qui a accéléré mon envie de lire ce livre.

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