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La grammaire est une chanson douce, Erik Orsenna.

juin 27, 2014

la grammaire est une chanson douceRésumé : «Elle était là, immobile sur son lit, la petite phrase bien connue, trop connue : Je t’aime.
Trois mots maigres et pâles, si pâles. Les sept lettres ressortaient à peine sur la blancheur des draps.
Il me sembla qu’elle nous souriait, la petite phrase.
Il me sembla qu’elle nous parlait :
– Je suis un peu fatiguée. Il paraît que j’ai trop travaillé. Il faut que je me repose.
– Allons, allons, Je t’aime, lui répondit Monsieur Henri, je te connais. Depuis le temps que tu existes. Tu es solide. Quelques jours de repos et tu seras sur pied. Monsieur Henri était aussi bouleversé que moi.
Tout le monde dit et répète « Je t’aime ». Il faut faire attention aux mots. Ne pas les répéter à tout bout de champ. Ni les employer à tort et à travers, les uns pour les autres, en racontant des mensonges. Autrement, les mots s’usent. Et parfois, il est trop tard pour les sauver.»

Avis : je l’avoue tout de suite, si j’avais appris la grammaire comme on peut l’apprendre dans ce livre, j’aurais vraiment adoré mes cours de grammaire. C’est un livre où Jeanne et son frère Thomas vont perdre leurs mots à la suite d’une tempête et vont échouer sur une île où ils vont réapprendre à parler. D’une bien drôle de manière, car sur cette île les mots ont une ville (interdite pour les humains), les noms, les adjectifs, les adverbes, les pronoms, y vivent dans une drôle de communauté. Les mots prennent vie dans ce livre est c’est beau. La musique et les rimes sont aussi très présents, une autre façon d’utiliser les mots et de leur donner un sens. On se délecte de ce livre, on voit les mots d’une autre manière, la grammaire n’est plus aussi compliqué, elle est presque comme un jeu, on assemble les mots pour faire des phrases et c’est vraiment génial.
L’histoire contient également une critique, une critique de la manière parfois rébarbative d’apprendre la grammaire, de la destruction de la langue en allant au plus simple, de la disparition de mots (pourtant très beau et presque magique), de la disparition de langues également.
Dans ce livre on sent l’amour de la langue française, des mots, des phrases et de la grammaire, et cet amour nous est communiqué. L’écriture est très prenante, presque poétique, on est comme dans une ballade, un style très beau, travaillé et réfléchis, une histoire malicieuse, j’ai adoré.
La fin est belle comme tout aussi, j’adore les petites morales disséminées tout au long du livre, et la dernière est vraiment très touchante.
Au niveau des personnages j’ai adoré Jeanne et son frère, leur relation entre l’amour et la haine, et comment chacun d’eux va trouver une stratégie différente pour réapprendre à parler. J’ai aussi beaucoup aimé la prof de Jeanne, Laurencin. Son amour pour La Fontaine, sa façon d’en parler, m’a donné envie de me replonger dans les fables. J’ai aussi adoré le fait qu’elle n’hésite pas à utiliser tous les mots de la langue française, même les « gros mots ».
Ce livre c’était donc que du bonheur, j’ai hâte de savoir ce que nous réserves la suite !

Quelques illustrations (qui accompagnent très bien le texte) :
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